Enquête QUE CHOISIR : Trop d'ingrédients indésirables dans les cosmétiques

VOUS POUVEZ REPETER LA QUESTION ? >> Quand les lecteurs de Que Choisir s’interrogent sur les ingrédients utilisés dans les produits cosmétiques, les substances indésirables, les marques, la réglementation… Le mensuel dégaine ses experts.

>> Cela donne ce questions/réponses. Clair, instructif, impitoyable : Pachamamaï se devait d’en faire l’écho… Même si, en matière de cosmétique écologique, responsable, éthique, nous connaissons déjà les réponses !

  

  

Ingrédients indésirables dans les cosmétiques

Lors d’un tchat avec nos experts, vous avez été très nombreux à partager vos inquiétudes. Voici vos questions. Et nos réponses.

 

Pouvez-vous hiérarchiser les risques entre les perturbateurs endocriniens et des ingrédients a priori moins nocifs comme les irritants ou allergènes ?

Par ordre décroissant de « méchanceté » : perturbateurs endocriniens, allergènes, irritants. Mais c’est vraiment délicat, car les effets ne sont pas les mêmes. Entre l’effet d’un perturbateur endocrinien susceptible de se manifester dans des dizaines d’années et un puissant allergène comme la MIT (méthylisothiazolinone) qui déclenche une réaction violente et immédiate, on ne devrait pas avoir à choisir.

 

Faut-il arrêter d’utiliser tous ces produits contenant des substances indésirables même si aucun problème n’est survenu ?

Nous conseillons d’éviter les perturbateurs endocriniens en particulier chez les enfants, les adolescents et les femmes enceintes car, en pratique, pour de nombreuses molécules, l’effet délétère est invisible. (…)

 

Est-il vrai que certains perturbateurs endocriniens ont été remplacés par d’autres substances nocives ? Si oui, sous quelle appellation ?

Les parabènes ont souvent été remplacés par la MIT (méthylisothiazolinone), allergène fréquent qui fait partie de notre liste d’ingrédients indésirables et qui est désormais interdit dans les produits non rincés.

 

Quels sont concrètement les effets des perturbateurs endocriniens ?

La science ne les cerne pas encore précisément. Il y a de nombreuses suspicions : effets sur la fertilité, sur le développement de cancers, notamment hormonodépendants (testicule, sein…), sur le cerveau, sur les phénomènes d’obésité et de diabète… Ce sont pour l’instant des pistes qu’il reste à explorer plus à fond. En tout cas, ils sont a priori plus risqués lors de certaines fenêtres d’exposition : grossesse, petite enfance, adolescence.

 

Pourquoi les fabricants utilisent-ils des produits nocifs et non naturels ? Est-ce (encore) une question d’argent, ou plutôt d’efficacité ?

Il n’y a évidemment aucune intention d’exposer délibérément les consommateurs à des risques potentiels. En revanche, il est évident que nombre de professionnels continuent à utiliser ces molécules problématiques tant qu’elles restent autorisées pour éviter d’avoir à reformuler leurs produits ou à modifier leurs emballages, ces reformulations étant évidemment assez compliquées pour eux.

Mais nous déplorons également que les fabricants ajoutent des composés problématiques dans le seul but d’apporter à leur produit des fonctionnalités sans intérêt réel pour les consommateurs. Ainsi, il n’y a aucune utilité à mettre des filtres UV dont certains sont des perturbateurs endocriniens dans des sticks à lèvres ou des colorations capillaires !

 

Le nom des produits indésirables est trop compliqué pour pouvoir les retenir, auriez-vous un moyen mnémotechnique pour les identifier plus rapidement ?

C’est compliqué ! Concernant les parabenes, tout de même, il existe un moyen mnémotechnique simple : ce sont le propyl- et le butylparaben qui ne sont « pas bons » (les mots commencent par P et B).

 

(…) Le propylène glycol, que l’on retrouve presque toujours dans la composition des cosmétiques, est-il réellement sans effet toxique pour la santé ?

Le propylène glycol est souvent qualifié, à tort, d’éther de glycol, famille chimique bien connue pour la nocivité de certains de ses membres. Pourtant le propylène glycol n’est qu’un simple diol, autrement dit un di-alcool qui remplit la fonction d’humectant dans les formules des produits cosmétiques. L’autre humectant bien connu est la glycérine. L’innocuité de ces deux composés très largement employés dans les produits hydratants n’est pas mise en doute.

 

Je constate que de nombreux produits hydratants contiennent de l’alcool. Est-ce que c’est logique pour des soins hydratants ? L’alcool est-il une substance indésirable ?

L’alcool est un solvant couramment utilisé dans les produits cosmétiques. Il peut effectivement assécher la peau. On le rencontre notamment dans les sprays solaires où il sert de solvant pour solubiliser les différents constituants du mélange. À l’application, l’alcool s’évapore en partie, ce qui fait qu’une fraction seulement demeure sur la peau.

Dans les cosmétiques bio, il est souvent employé comme conservateur. Nous ne le considérons pas comme un ingrédient problématique.

 

Quelle crème hydratante choisir pour le visage des bébés et des enfants ?

Nous ne pouvons pas vous conseiller un produit ou une marque. Dans tous les cas, évitez les ingrédients perturbateurs endocriniens et les allergènes. Cela dit, seuls les bébés et enfants ayant la peau particulièrement sèche ont besoin d’une crème hydratante. 

 

(…) Existe-t-il des teintures pour cheveux qui soient inoffensives ?

En réalité, les teintures capillaires renferment très souvent des ingrédients indésirables, notamment des allergènes.

Nous avons choisi de n’intégrer que la p-phenylenediamine à notre liste de substances indésirables, car c’est la plus préoccupante ; mais attention, aucune coloration capillaire durable dite « permanente » n’est anodine.

C’est pourquoi nous conseillons d’aller plutôt vers des colorations végétales en acceptant l’idée que l’efficacité sera inférieure, c’est-à-dire que les cheveux blancs seront moins bien couverts.

 

Quels sont les effets indésirables du silicone dans les cosmétiques et les shampooings ?

Les silicones ont la réputation d’étouffer le cheveu car ils sont « filmogènes », c’est-à-dire qu’ils forment un film assez imperméable à la surface du corps qu’ils recouvrent. Dans les shampooings, les agents siliconés enrobent les cheveux et les rendent plus lisses, plus doux, et plus faciles à démêler.

Revers de la médaille, lorsqu’une fibre capillaire est endommagée, les dégâts seraient masqués et non réparés, soutiennent les détracteurs des silicones. Cela reste à démontrer.

Leur principal point noir est d’être des substances polluantes. Elles sont d’ailleurs exclues des cahiers des charges des cosmétiques bio.

 

 (…) Étant donné que les trois quarts des produits cosmétiques contiennent des ingrédients indésirables, quels sont les moins risqués pour notre santé ?

Il reste quand même pas mal de choix en rayon sans substances problématiques. Avec les allergènes, le risque est à court terme et les conséquences bien visibles ; avec les perturbateurs endocriniens, le risque est à long terme et on l’a moins précisément cerné.

 

De quelle(s) manière(s) considérez-vous qu’un produit cosmétique est à bannir ?

La liste des indésirables que nous avons établie correspond aux molécules les plus préoccupantes, selon nos propres recherches. Nous nous appuyons sur des avis d’experts en tenant compte des connaissances scientifiques et des preuves disponibles sur le risque associé à l’exposition à ces molécules. D’autres ingrédients font parfois parler d’eux, mais nos investigations n’ont pas permis de confirmer les soupçons les concernant. (…)

 

 

Existe-t-il une liste exhaustive de l’ensemble des produits contenant des ingrédients indésirables ?

Non, cela n’existe pas. Nous-mêmes ne pouvons pas prétendre à l’exhaustivité, notamment pour des raisons de moyens en matière de temps (il existe plusieurs dizaines de milliers de références cosmétiques) et d’argent (nous achetons tous les produits et les faisons photographier).

 

(…) Les produits vendus en pharmacie ont-ils des effets nuisibles ? Si oui, pourquoi ne sont-ils pas retirés de la vente ?

On trouve en pharmacie les mêmes types de produit qu’en grande surface, car c’est avant tout un positionnement marketing. Ils ne sont pas retirés du marché parce qu’ils sont conformes à la réglementation des produits cosmétiques.

 

Peut-on éviter les ingrédients indésirables en utilisant des cosmétiques bio ?

Dans les cahiers des charges des cosmétiques bio, les perturbateurs endocriniens de notre liste sont effectivement exclus, pas directement mais parce que, globalement, les ingrédients issus de la pétrochimie sont interdits. Cela constitue déjà une garantie et, dans les faits, la majeure partie des substances indésirables que « Que Choisir » pointe du doigt ne se retrouvent pas dans les produits bio. (…)

 

Il paraît que la loi stipule que l’on doit indiquer tous les ingrédients, sauf en dessous d’un certain pourcentage. Est-ce vrai ?

Non, ce n’est pas le cas. Tous les ingrédients intentionnellement introduits doivent être étiquetés. Ils sont indiqués par ordre d’importance sauf ceux présents à moins de 1 %, qui peuvent être listés dans le désordre.

 

Serait-il possible que les étiquettes soient plus lisibles (les caractères sont trop petits) ?

Malheureusement, même si la réglementation précise que les caractères doivent être « facilement lisibles et visibles », ce n’est pas toujours le cas. Nous déplorons comme vous que les fabricants préfèrent parfois consacrer de l’espace aux allégations plus ou moins fondées qu’à cette information de base.

 

Si tant de spécialistes utilisent tant de produits indésirables, voire dangereux pour la santé, comment se fait-il que les pouvoirs publics français et européens ne fassent rien ?

Entre le moment où les experts émettent des recommandations de retrait ou de limitation d’un composé et la mise en œuvre concrète de ces recommandations sur le terrain, il peut se passer de nombreuses années, d’une part du fait de la lourdeur inhérente au processus réglementaire, mais aussi, bien sûr, du fait du lobbying des professionnels de l’industrie cosmétique.

Par exemple, il faudra attendre l’année 2021 pour que soit concrètement mise en œuvre la recommandation émise en 2012 par les experts de retirer trois allergènes présents dans de nombreux parfums, soit 9 longues années pendant lesquelles les consommateurs continueront d’y être exposés !

 

(…) Quelle solution avons-nous, à part le boycott, pour faire interdire les produits, susceptibles de rendre malades les consommateurs ?

Rappelons tout d’abord que l’appel au boycott est interdit en France. En revanche, les achats des consommateurs en faveur des produits vierges de substances indésirables constituent un moyen de faire pression sur les fabricants pour qu’ils abandonnent l’usage de ces ingrédients indésirables sans attendre une évolution de la réglementation.

 

Fabienne Maleysson

Gaëlle Landry

Rédactrice technique

Olivier Andrault

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